1er chapitre "Beauté Thérapie : prendre soin de sa beauté intérieure"



1er chapitre

« Prendre soin de sa beauté intérieure »

Catherine Béhar

et Ronald Mary

Préface du Dr Claude Imbert
Ed. Souffle d'Or

9782840583158.jpg

 

http://www.souffledor.fr/boutique/produits_prendre-soin-de-sa-beaute-interieure__2897.html

 

Le blog de Catherine Béhar

http://catherinebehar.over-blog.com/

 

*

 

La beauté thérapie : facettes psychocorporelles de l'esthétique.


Apprenez à ne plus avoir peur de vos émotions, de votre corps et de ses réactions. Au fil des chapitres, vous découvrirez des clés, destinées à libérer tout ce qui peut faire obstacle à votre épanouissement personnel et à vous aider à retrouver le chemin vers la beauté intérieure : l’harmonie de l’âme et du corps.

Dans une société où le paraître prend trop souvent le pas sur l'être, il est temps de permettre à chaque être humain de découvrir sa vraie identité et de lui donner accès à tous les outils disponibles afin qu'il se libère de ce qui peut faire blocage en lui : angoisses, stress, peurs cachées, peur de son corps et de ses réactions, peur d'exprimer ses émotions...

Catherine Béhar utilise diverses techniques : aromathérapie, sophrologie, relaxation, reiki, massage... Elle puise le meilleur en chacun pour lui permettre de redécouvrir l'état naturel d'équilibre entre le corps et l'esprit : dès qu’une personne se sent bien à l'intérieur, il se dégage d'elle une beauté extérieure rayonnante.

Commentaires
« A l’écoute des besoins des femmes et des hommes d’aujourd’hui, le livre propose un chemin d’autonomie, intégrant des informations concrètes sur les bases du fonctionnement des liens corps-esprit et des moyens pratiques pour les harmoniser, issus tant de la tradition que de la modernité. Psychologie moderne et sciences ancestrales se donnent la main pour insuffler à l’être une nouvelle voie vers un nouveau devenir. Chacun trouvera en toute liberté, un guide de conseils précieux à expérimenter pour illustrer son quotidien de mieux être dans tous les aspects de la vie. »
Dr Claude Imbert

"Un livre qui donne la pêche et l'envie d'être heureux. En suivant l'évolution de la pratique "esthétique" de Catherine Béhar, on se rend compte que le bonheur tient peut-être à pas grand chose de très technique, mais certainement à une grande dose de sensibilité et d'attention à l'autre."
Aline, comité de lecture du Souffle d'Or

Note de lecture de www.bouddha.ch :
" ... En quelques 8 chapitres, rencontres, exercices pratiques, outils privilégiés, recettes, le sujet de réflexion et leitmotiv est le bonheur. Entre Reiki, PNL, A-T. (pas Ancien testament, mais Analyse Transactionnelle, je vous prie !!), Sophrologie, aromathérapie, on touche ou on se touche et ça ne fait pas de mal ... surtout au ressenti. Peut-on retrouver confiance en soi en faisant dialoguer cerveau gauche et cerveau droit ?? En prenant du recul dans un rituel pour apprécier son corps dans une communication non violente. Car beauté-thérapie est un trait d'union entre le corps et l'esprit (ce que fait aussi le yoga..) pour initier une quête de sens pour se donner du plaisir. 12 témoignages viennent corroborer cette résistance organisée, écoutée dans le silence, pour que brille le soleil de la réussite. Cette méthode synthétique regroupant plusieurs voies de développement personnel peut en séduire beaucoup affligés de surpoids, maux de tête, angoisse, stress, douleurs musculaires, différentes peurs... Dans la bibliographie, on trouve l'homme à la découverte de son âme de C-G. Jung (bravo...!) car il ne s'agit en fait que de cela, la beauté intérieure est celle de l'âme. CQFD. Truffé de citations ce livre s'attache à expliquer toutes les facettes psychocorporelles de l'esthétique et donner les clés pour parvenir à libérer ce qui fait obstacle au plein épanouissement personnel. Prendre du temps pour soi tout en s'accordant le droit de recevoir ce qui est bénéfique pour esprit et corps, tel est le message de cet ouvrage. "

 

*

 

Sommaire

 

Introduction

 Avertissement !

Quelques mots sur moi…

La Beauté Thérapie : une synthèse

La Beauté Thérapie

La Beauté Thérapie: un trait d'union entre le corps et l'esprit

La Beauté Thérapie, c’est aussi un regard porté sur…

Beauté de l’apparence, charme de l’instant

La résistance s’organise

La beauté est partout et vient de partout

La beauté ? Une quête de sens

Pour commencer : « être bien dans son corps »

Réapprenons à manger !

Apprenons enfin à nous donner du plaisir !

Quelques rencontres…

Exercices pratiques

Sujet de réflexion : le Bonheur !

Les « outils » que je privilégie

Une première référence avec le savoir Essénien

Toucher et se toucher
Quelques unes de mes recettes
Conclusion
Bibliographie

 

*

 

 

Introduction

 

« Il n’y a pas de si mauvais livre

où l’on ne puisse apprendre quelque chose »

Pline l’Ancien

 

Ce livre est le fruit de diverses réflexions personnelles sur le sens que j’ai un jour désiré donner à ma vie personnelle et à ma manière d’exercer mon métier d’esthéticienne. Il est aussi la suite logique de mon Mémoire en Sophro Analyse, sur les conseils éclairés de Claude Imbert qui m’a formée à cette méthode. J’ai alors entendu le message… et laissé tranquillement le temps au temps afin que cette idée de livre sur la Beauté Thérapie mûrisse en moi. Puis, lors d’une conversation avec mon ami Ronald Mary sur l’éventualité d’un projet de stage en commun sur ce même thème, il me répondit : « stage, oui, pourquoi pas… mais écriture d’un livre sur ce thème me paraît pour l’heure plus judicieux ». Ce fut pour moi à ce moment précis que le désir profond se fit sentir d’écrire ce livre !

De notre rencontre est né le corps de ce projet.

Après quelques réunions de travail, Ronald m’aida à accoucher d’un synopsis. La réponse de Yves Michel, directeur des Editions du Souffle d’Or ne se fit pas attendre. Le projet devint réalité d’écriture, puis objet concret que vous tenez maintenant entre vos mains.

 

Me voici prête aujourd’hui à partager avec vous tout ce que j’ai pu développer et observer au cours de mon expérience professionnelle.

 

Lors de la gestation de ce livre ou peut être au tout début de l’écriture, je fis ce rêve étrange :

je m’étais assoupie sur mon fauteuil, dans mon cabinet, et lorsque je me réveillai, tout, absolument tout - jusqu’à la moquette ! - avait disparu. Je n’arrivais pas à y croire. J’étais persuadée que lorsque je rouvrirais les yeux, tout serait comme avant… Mais non. Quelque peu inquiète pour la qualité de l’accueil que je réserve généralement à ma clientèle, et à laquelle j’attache une réelle importance, je me rendis compte que, malgré tout, je conservais toujours le plus important : ce que je suis, mes connaissances professionnelles, ma capacité à communiquer et partager les « outils » dont je dispose – Sophro Analyse, relaxation, massage… -… bref, tout ce dont je dispose pour aider les personnes qui désirent acquérir leur propre autonomie et devenir responsable de leur propre bien-être !

 

Après avoir longuement réfléchi à ce rêve, j’en conclus que c’était un message, voire une « autorisation », et aussi un avertissement pour rester sur l’essentiel que j’avais envie de transmettre, sans me croire obligée d’être exhaustive dans cette « mise à nu » de l’écriture ; un peu comme ce que disait Théodore Roosevelt : « Faites ce que vous pouvez avec ce que vous avez, là où vous êtes » !

 

*

Avertissement !

 

« Une colère justifiée est toujours saine »

Paul Michaud,

écrivain Québécois

 

J’en ai marre ! Marre que chaque fois que je parle de « Beauté Thérapie », trop de personnes n’entendent que le mot « Beauté » et se sentent donc exclues, soit parce que la beauté n’est pas leur préoccupation majeure, soit parce qu’elles se sentent trop intimidées et, parfois même, complexées face à la beauté, soit encore parce que la beauté serait une préoccupation un rien péjorative…

 

Et c'est exactement la même chose avec le mot « massage ». Trop de gens ont encore tendance à l'associer à la sexualité. J’en ai marre ! Quand je masse, je ne pratique pas « l’art » de la masturbation, et je ne cherche pas à exciter la personne que j’ai sous mes mains, ni à avoir de relation sexuelle avec elle !

 

Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrr ! Me fais-je bien comprendre ?

 

Comme vous le lirez dans ce livre, j'entends par « Beauté Thérapie » une pratique pour soigner l'image que l'on a de soi. Et par le mot « image », j'entends ce que nous pensons de l'Etre que nous sommes : aussi bien notre « âme » que le véhicule – le corps - dans lequel elle est véhiculée, et surtout la manière dont nous véhiculons ce que nous sommes.

 

Suis-je assez claire ?!

 

*

La Beauté Thérapie : une synthèse

 

Avec la Beauté Thérapie, je désire montrer à mes visiteurs (et lecteurs, aujourd’hui !) que la beauté n’est pas un produit de consommation. C’est avant tout une réflexion sur nous-mêmes, notre parcours de vie et ses différentes étapes, sur notre monde et notre environnement personnel, sur nos désirs suggérés et notre vérité personnelle… Alors, dans un deuxième temps, la Beauté Thérapie de « terrain », au sein de mon cabinet, peut s’exprimer. Elle s’appuie sur différentes solutions pour aller vers soi-même, et démontre très clairement que le vieil « adage » : « il faut souffrir pour être belle ou beau » n’est rien d’autre qu’une croyance erronée, que pour devenir beau à ses propres yeux et dans le regard des autres, cela ne demande pas forcément de passer par les crèmes, fitness, régimes et autres « bistouris » !...

 

Je suis Esthéticienne de formation. Au fil des années et de mes différentes rencontres, j’ai pu me rendre compte que j'avais une chance exceptionnelle : le privilège de rencontrer une personne qui se livrait totalement - ou presque ! - à moi, qu'il me suffisait d'être à son écoute. Par les différentes formations que j'ai suivies, je pouvais lui transmettre des messages et lui donner des « outils » à utiliser au quotidien.

 

Une grande partie de mon travail consiste à proposer de la Sophro-Esthétique.

Le mot Sophrologie signifie « la science de la conscience », et se présente comme une technique capable d'apporter l'harmonie, la détente de l'esprit qui permet d'écouter les phénomènes du corps. Le mot Esthétique signifie tout ce qui apporte du bien -être, tout ce qui embellit le physique et qui entretient ou développe la beauté du corps.

 

Dans les faits, la Beauté Thérapie commence dès le premier rendez-vous.

 

Lorsque j’accueille une personne, je la vois et la regarde d’abord dans sa globalité. Je l’invite à s’asseoir, à se mettre à l’aise. J’observe cette première phase : ses gestes, son regard, son « émanation »…Puis je l’invite à m’aider à remplir la fiche de contact et de suivi afin de commencer à faire connaissance : nom de jeune fille pour les femmes mariées, suivi du nom d’épouse, date de naissance... Un point important pour moi, je demande tous les prénoms : très souvent à cette question, les personnes sont comme étonnées ; je leur explique que dans ma manière de procéder en Beauté Thérapie, il est important que je connaisse leurs « empreintes », car le choix de ces prénoms a aussi de l’importance. Suivent quelques questions sur la situation sociale du moment : Marié(e), divorcé(e), veuf, célibataire avec ou sans enfants… Quelle est la place dans l’éventuelle fratrie… quelques mots sur les parents, et aussi (et surtout !) les indications nécessaires concernant l’état de santé et les traitement peut être en cours… En fait, je pratique un début d’anamnèse relativement classique ; l’anamnèse est le synonyme d' histoire de la maladie, et retrace les antécédents médicaux, l'historique de la demande actuelle du patient, avec les résultats des différentes explorations déjà faites et les traitements entrepris. Je complète avec des questions sur ce que la personne sait de sa naissance, de l’accouchement de sa maman et de la grossesse la concernant… Déjà, lors cette première prise de contact, j’observe : la tonalité de la voix, leur gestuel, le regard, l’émotion qui commence à se préciser, un peu comme une photo polaroïd sur laquelle apparaît l’image.

 

Plus généralement, je demande aussi à mes visiteurs ce que sont leurs objectifs concernant le choix de cette thérapie, ce qu’ils en connaissent, la façon dont ils pensent atteindre leur but… Puis, j’explique comment je travaille, j’expose les différents « outils » que j’utilise et que j’associe à la sophro-analyse, et que j’adapte à chaque personne en fonction de ses besoins. Bien sûr j’insiste sur le fait que la personne reste toujours libre de ses choix ; il est très important qu’elle se sente entendue, comprise et mise en sécurité. Ainsi, je vois assez rapidement les personnes qui vont vraiment s’investir dans leur thérapie et celles qui sont là en « visiteur ». Ce premier rendez-vous est surtout une prise de contact qui me permet de comprendre et de voir si je me sens capable de les accompagner. Contrairement à certains collègues, j’accepte aussi de les suivre durant un court chemin, même si je sens qu’elles ne poursuivront pas. Je pense que je suis alors « une semeuse de graines », et j’ose espérer que peut-être un jour, une germera ! Je suis persuadée que cela peut être utile…

 

A certains, je me plais même à citer « Maître Yoda », célébrissime sage hollywoodien : « essayer ne sert à rien ; ou tu le fais, ou tu ne le fais pas ! » Bien sûr, les graines que je sème devront être arrosées pour « germer et pousser ». Mais parfois, nous avons gardé une petite graine que nous avions oubliée dans un coin ; et un jour, nous décidons de voir ce qu’il va se passer si nous en prenons soin et que nous nous mettons à l’arroser… Je pense que dans la vie, certaines personnes sèment, d’autres moissonnent et d’autres récoltent. Je me place modestement dans la catégorie de ceux qui sèment…

 

Mais pour me faire encore mieux comprendre et exposer les grands principes de la Beauté Thérapie, commençons tout d’abord par éclairer le chemin de la réflexion.

 

*

Propos sur le corps et la beauté…

 

« Vouloir la beauté du corps

 et la sérénité de l’esprit,

c’est désirer épouser un avenir »

C.B.

 

La Beauté Thérapie nous parle du corps et de sa beauté. Il est aujourd’hui facile de constater que le corps occupe une place de plus en plus importante dans notre société de consommation. Il est une « valeur » de notre monde moderne et occidental qui amène nombre de personnes à s'y intéresser, et quelques unes à tout centrer sur lui. Les codes sociaux nous imposent une image quasiment unique : le corps doit être harmonieux, avec des mensurations préétablies qui sont rien moins que celles d'un homme ou d'une femme au statut idéal. Et quand nous ne disposons pas de ce corps parfait, il nous est quasiment imposé de nous transformer afin de ressembler à cette norme. Magnanimes, les marchands de tous poils nous aident en nous vendant tout ce qui nous devient nécessaire : régimes, salles de fitness, soins et chirurgie esthétique… Sont-ils bons avec nous !

 

Aujourd'hui, en forçant un tout petit peu le trait, seule la personne qui ressemble à cet idéal se sent socialement reconnue et acceptée. Les « marchands du Temple » du corps et de la beauté ont presque réussit à nous faire avaler que la confiance en soi, le bien-être et l’équilibre psychique d’une personne ne peuvent être que le résultat de cette identification à la chimère qu’ils désirent nous imposer. Reconnaissons que, de leur point de vue, ils ont fait un très bon travail.

 

Nous savions déjà que nous, Français, sommes les premiers consommateurs au monde de tranquillisants et autres neuroleptiques ; nous sommes aussi en tête pour ce qui concerne la consommation de produits cosmétiques. Et la tendance n’a pas l’air de vouloir s’inverser puisque la recherche « scientifique » développe encore et toujours de nouveaux produits miracles afin que nous ne vieillissions plus : bref, nous n’avons plus le droit de nous plaindre dès qu’apparaissent quelques rides ou un certain embonpoint, tout est là pour conserver « l’éternelle jeunesse ».

 

Un raisonnement qui ne tient surtout pas compte de Dame Nature qui, la niaise, n’est pas au fait des lois et de l’évolution du « marché ». Heureusement, pour contrer ses oublis et pallier à l’usure du temps, nous disposons de « merveilleuses » solutions. Un léger soucis est à signaler toutefois : les teintures pour cheveux, les cosmétiques, les soins en institut ou la chirurgie esthétique ont tous le point commun d’être d’un coût financier et humain élevé ; mais nous devons bien cela à tous ces laboratoires « scientifiques » qui investissent des sommes colossales dans la « recherche ». Car en effet, quel progrès pour vous messieurs qui disposez maintenant de rasoirs à 3 ou 4 lames ; à quand le rasoir à 17 ou 18 lames… mais je me gausse, laissons les « scientifiques » faire leur travail de « recherches ».

 

Plus sérieusement, ce marché basé sur le corps, beau, sain et idoine est là, et il nous pose quand même quelques questions sur l'entretien du corps et son remodelage qui se banalisent. Un magazine féminin rapportait dernièrement qu’en 2006, pas loin de 25.000 prothèses mammaires ont été implantées ; aujourd’hui, on achète des seins comme n’importe quel « produit », avec crédit et étalement du paiement possible.

 

Est-il besoin de rappeler que le corps est vivant et évolue avec le temps en fonction de différents facteurs ? Sportif ou sédentaire, gros mangeur ou « soupe légère », professionnel de l’agriculture, du bâtiment, mineur de fond ou employé de bureau… nous voyons tous notre corps se transformer en fonction de la vie que nous menons. Or, dans le même temps, notre époque impose – à qui veut bien se laisser se l’imposer - le poids des interdits moraux qui font du corps un « objet social » matraqué par la publicité autour d'images qui le façonnent en un objet de consommation. Grotesque tentative de faire de nous des femmes objet ou des hommes machine à la beauté pensée, prévue, outrageusement suggérée, voire carrément imposée. Alors que la beauté est une notion totalement abstraite et si difficile à définir. Même le dictionnaire à du mal en proposant une définition bien vague : « caractère de ce qui est beau ». Mais voilà, nous vivons une société de consommation qui a la fâcheuse tendance à la généralisation et à l'uniformisation des goûts, en matière d'esthétique comme pour beaucoup d’autres « produits ». Le plus désolant me semble être que de nombreuses personnes cherchent – et parfois trouvent – dans cette conformité un sens à leur vie quand, dans le même temps, la simple observation de la Nature nous montre que sa richesse repose justement sur la variété, le non-ordinaire, le décalé, l’inhabituel, le spécifique, l’unicité de chaque individu...

 

Mon travail de Beauté Thérapie s’inscrit en complet décalage avec la vision « uniciste » des marchands de rêves et tente de recentrer l’individu sur lui-même, sur la découverte ou re-découverte de sa propre beauté. C’est dire si je ne suis pas dans le courant de l’esthétique actuelle. J’accueille des personnes qui sont en souffrance et, consciemment ou inconsciemment, ne veulent pas adhérer au désir individuel et collectif de se conformer aux modèles sociaux qui nous demandent de changer d'identité, d’acquérir un « soi » conforme aux attentes de la société et parfois de l'entourage. Ces personnes désirent certes embellir leur corps et/ou leur apparence, mais pas conformément aux idéaux de l’époque. Elles désirent surtout devenir ou re-devenir elles-mêmes, et certainement pas chercher à se fondre dans la masse pour devenir un clone de plus.

 

*

 

La Beauté Thérapie

                   

« Toute beauté remarquable

a quelque bizarrerie dans ses proportions »

Francis Bacon, peintre anglais

 

La Beauté Thérapie est une synthèse de différentes approches (que vous retrouverez en annexes, en fin d’ouvrage), née de quelques réflexions et constats. On dit volontiers que beauté et féminité sont naturellement liées. Peut être. Puis vint la société de consommation qui imposa à tous une sorte de devoir moral : « vous pouvez – devez ? – être belle et beau ». Désormais, nous sommes tous responsables – entendez « coupables » - de notre apparence. Comme si, lorsque nous ne répondons pas à cette injonction, nous étions condamnables et décatis. Bref, les marchands de faux-semblants voudraient nous faire croire que nous serions coupés d’une partie essentielle de nous-mêmes si nous ne consommons pas ces produits de « beauté » qu’ils se sont décarcassés à créer pour nous.

 

Restons sérieux.

 

Opinion

« Le maquillage est le linceul de la beauté »

Tahar Ben Jelloun, In « L’auberge des pauvres », Ed. Seuil 1999

 

 « Le corps constitue un ensemble de morceaux et il suffit que l’un soit atteint pour que cet ensemble s’effondre » écrit Jean-Claude Hagège dans son livre « Séduire - Chimères et réalités de la chirurgie esthétique » Ed. Albin Michel 1993. Je vois régulièrement des personnes dans mon cabinet qui, face au modèle de perfection, ont toujours un élément de leur corps qui n’est pas conforme : c’est bien souvent ce petit rien qui est à lui seul un problème majeur. Or, la beauté est affaire personnelle. Les goûts et les couleurs…  Il ne suffit pas d’être beau pour être beau… et surtout se sentir beau !

 

Selon certains psychanalystes, l’idée de mise en beauté suppose qu’il existe une autre personne pour la regarder. Seul(e) face à la glace, chacun se laisse aller, inconsciemment, à anticiper l’avis que l’autre portera sur nous ; la réponse se trouvera dans son regard et les signes d’attirance qu’il nous manifestera ou nous refusera. Car, impossible de l’oublier : la beauté est avant tout liée à la sexualité. Nous pouvons toujours affirmer que nous ne nous en soucions pas… il n’en reste pas moins que, surtout pour les femmes : celles qui prennent soin d’elles sont jugées plus intégrées socialement, plus attrayantes et plus féminines !

 

Plus que jamais, l’industrie de l’apparence est florissante. Les régimes amaigrissants ne cessent d’augmenter leur nombre, des maladies mentales concernant le poids sont de plus en plus fréquentes, les capitaux investis dans les recherches cosmétiques et dans la chirurgie plastique sont en hausse constante et le recours à des méthodes drastiques de modification du physique sont utilisées par des personnes de plus en plus jeunes.

 

Faut-il pour autant se perdre dans l’illusion que seuls peuvent nous donner la beauté le chirurgien esthétique, les mille et un produits cosmétiques, l’esthéticienne, les régimes, les cures… ? C’est bien ce que voudraient nous faire avaler les magazines – féminins et masculins – qui vivent de la manne publicitaire des vendeurs de beauté. En 2003, le magazine américain Teen rapportait que 35 % des jeunes filles de 6 à 12 ans avaient déjà suivi au moins une régime, et que 50 à 70 % d'entre elles croyaient souffrir d'embonpoint alors que leur poids était tout à fait normal.

 

Pour notre monde « moderne », l’apparence des choses et des gens est devenue bien plus importante que la profondeur d’une personne, d’une action ou d’une pensée. Voyez comme le cinéma et, plus encore, la télévision, révélateurs de notre société, ne nous montrent que du fantasme : des filles qui ne vieillissent pas, des hommes tout aussi beaux,  des situations de rêve, et parfois quelques idées pour faire illusion.

 

Impression

« Aujourd’hui, on a le sentiment que seule compte l’apparence des choses, et non pas les choses elles-mêmes. Ce qu’on célèbre, c’est la victoire des cosmétiques »

Robert Redford, acteur américain

 

Cette maladie de « l’apparence » ne date évidemment pas d’aujourd’hui. Au Moyen-Âge, les femmes au front haut étaient valorisées. Que croyez-vous qu’il advint ? Certaines s'arrachaient les cheveux pour correspondre aux critères de beauté. Aux seizième et dix-septième siècles, les corsets écrasaient la taille ; aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, ce sont les crinolines et «paniers» inconfortables qui étaient à la mode. Et aujourd’hui, ce que nous donnent à voir les médias n'ont rien de rassurant : les vedettes dépensent des fortunes en chirurgie esthétique de toute sorte et de nombreux mannequins présentent un poids en dessous du poids de santé recommandé. La célèbre poupée Barbie, « modèle idéal » de très nombreuses petites filles, avait jusqu’à il y a peu des mensurations de « monstre », bien trop disproportionnées : transposées à l’échelle d’une vraie femme, elles étaient de 95 de tour de poitrine, 56 de tour de taille et 82 de tour de hanches ; or, tout bon médecin sait très bien que le tour de hanches d’une femme est au minimum de 88 à 90 cm. 82 cm, cela n’existe pas… sauf, peut être, en cas de malformation ou de pathologie sévère ! Aujourd’hui, le fabricant a revu le modèle et propose des poupées avec des formes un peu plus humaines… enfin, presque.

 

Que transmettons-nous alors à nos enfants ? Car tous ces modèles, ainsi que l'attitude même des parents, peuvent inciter un(e) adolescent(e) à vouloir maigrir ou à entreprendre un régime, rarement pour améliorer la santé mais surtout pour avoir une meilleure apparence, pour plaire au sexe opposé ou pour s'aimer davantage. Les parents qui ont suivi régime après régime, qui portent des critiques négatives sur leur propre corps ou sur celui de l'adolescent l’encouragent, souvent sans le vouloir, à s'interroger sur sa propre physionomie.

 

Avis de spécialiste

« Nous vivons dans un monde sédentaire où sévit une exigence de minceur incompatible avec nos modes de vie. Or les femmes ont tendance à oublier qu’on ne choisit pas son poids : il est le fruit de règles génétiques auxquelles nul ne peut échapper. »
Dr Gérard Apfeldorfer,  psychiatre et vice-président de l’association du Gros
 (Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids),  in magazine « Elle » 31 juillet 2006

 

La revue « Les cahiers de l’Ocha », numéro N°10 (2004) – Observatoire Cidil des Habitudes Alimentaires, in site Internet : www.lemangeur-ocha.com -, présente un dossier intitulé « Corps de femme sous influence », dont les auteurs nutritionnistes, psys, sociologues, anthropologues proposent un bilan scientifique de l’image du corps dans nos sociétés occidentales. Ainsi, et pour donner le ton : « Une femme aujourd’hui, c’est quelqu’un qui a des kilos à perdre », écrit l’anthropologue Annie Hubert. Un magazine bien intéressant, un bien beau dossier, rempli en vérité, de bien belles vérités. Pour cet aréopage de scientifiques, nous vivons une « société de pléthore » qui glorifie « le moins, le manque, la rognure du corps » ! La dictature de la beauté à tout prix passe par la dictature de la minceur. Les femmes de notre temps – et dans les pays riches, s’entend ! -, « libérées du corset de leurs aïeules, ont hérité d’un carcan mental dont il est difficile de se défaire. Aujourd’hui, l’immense majorité d’entre elles rêve d’un poids impossible à atteindre. Moins d’une sur cinq est bien dans sa peau, les autres sont à la recherche d’un corps introuvable. Un corps de guerrière tout en muscles, modelable par les régimes et le sport. Un corps vitrine de sa détermination. Un corps virtuel en réalité, modelé sur la silhouette des héroïnes de jeux vidéo. Dans ce dogme de l’élancé, malheur aux rondes, suspectes de laisser-aller ! Le gras, le gros sont la marque intangible du fameux « manque de volonté ».

Dans ce « mincir à tout prix », tant pis pour les « dommages collatéraux », invisibles et tellement destructeurs, comme la perte de la libido, le grignotage obsessionnel, la honte de soi… ou même visibles, comme l’obésité, les problèmes cardio-vasculaires, l’anorexie… à moins de se maintenir au régime (quasiment) toute sa vie, puisque les nutritionnistes nous répètent régulièrement que tous les régimes sont efficaces… mais pas à long terme.

 

Sauf erreur de ma part, la première étude scientifique relativement sérieuse sur la façon dont les femmes vivent leur rapport au corps a été menée en juin 2003 : « Le Mincir, le grossir, le rester mince: rapport au corps et au poids et pratiques de restriction alimentaire », enquête Ocha-CSA menée en juin 2003 auprès de 1 000 femmes françaises, dirigée par Estelle Masson, maître de conférences en psychologie sociale à l’université de Brest. Cette étude nous donne quelques informations bien intéressantes :

 

- à peine 14% des femmes auraient aujourd’hui un corps dans lequel elles se sentent bien, sans rien faire pour cela, tout simplement parce que le « prototype » de ces 14% est une fille mince, comme sa mère ;

- 16% des femmes arrivent à « maîtriser », à « gérer » leur corps par une discipline constante et sont aujourd’hui minces, voire maigres ;

- en revanche, pour l’immense majorité, le corps pose problème. Certaines femmes se sentent en échec quand elles se comparent à leur idée de la « norme ». 12% sont résignées et se sentent plus ou moins « en souffrance », au grès des soucis de la vie quotidienne et donc, de ce que leur dit la balance ; leur vie en « surpoids est un combat permanent, toujours perdu. Elles ont une mauvaise image d’elles-mêmes et sont tourmentées par un «idéal de légèreté» et aussi de santé : pour elles, maigrir est préconisé par la médecine, pensent-elles » ;
- pourtant, environ 2/3 des personnes interrogées présentent un poids « normal », selon les normes de la médecine ;

- or, moins d’une sur cinq a le poids qu’elle souhaite ;

- les deux tiers souhaitent peser moins ; et les personnes qui présentent un poids normal sont presque aussi nombreuses à le souhaiter que les rondes ;

- environ 50% des femmes jugées « minces » par leur entourage désirent quand même maigrir ; ainsi, les célèbres « 3 kilos de trop » se transforment en 6 pour une femme qui correspond à la moyenne – 1,64 mètre, 63 kilos, taille 40 ;
- 13% des 18-24 ans (contre 6% en moyenne) souhaitent avoir « un poids de maigre », et ont déjà suivi presque autant de régimes que leurs aînées ;

- environ 50% des femmes de poids « normal » ont déjà fait plusieurs régimes, contre les 2/3 de celles en surpoids ;

- 7% seulement de femmes se mettent au régime pour des problèmes physiques tels que le mal de dos, et seulement 2% sur la recommandation d’un médecin ;

- huit fois sur dix, c’est la vision que les femmes ont d’elles-mêmes qui les amène à commencer un régime. Celui-ci est « tenu » durant environ 45 jours, et 50% des personnes interrogées l’abandonnent en cours de route ;

- pour le nombre de personnes qui mènent le régime à son terme, 50% déclarent que celui-ci a donné un résultat négatif ; ce sont les femmes en surpoids qui présentent les plus mauvais résultats…

 

*

 

La Beauté Thérapie: un trait d'union entre le corps et l'esprit

 

« La vie n’est supportable

que lorsque le corps et l’âme vivent en parfaite harmonie,

qu’il existe un équilibre naturel entre eux,

et qu’ils ont, l’un pour l’autre, un respect réciproque »

David Herbert Lawrence

In « La beauté malade »

Ed. Allia 1993

 

La Beauté Thérapie est un parcours qui nous demande de nous poser quelques questions fondamentales sur notre propre beauté : quel est le lien entre la beauté extérieure et la beauté intérieure ? Quels sont les outils mis à notre disposition pour devenir plus beau ? Comment les utiliser ? A quel moment ? Pourquoi ?…

 

Le corps ne se révèle pas seulement comme un ensemble de composants et d'éléments organiques, physiologiques. Il est aussi un vecteur social, psychologique, culturel, religieux, émotionnel… Dans notre vie quotidienne, dans ses rapports de production ou d'échanges, il est un moyen de communication, par l'usage d'un certain nombre de signes liés notamment au langage, aux gestes, aux vêtements, aux perceptions que nous avons de la réalité…

L'Homme a toujours été à la fois un corps qui pense et le corps qu'il pense, le corps qu'il est et le corps qu'il a : le corps pourrait avoir une histoire différente de celle que l'histoire lui impose. Pourquoi certain(e)s s’acharnent-ils à vouloir le corps qu’il rêvent et refuser le corps qu’ils ont ? Anne Ancelin Schützenberger nous apporte quelques éléments de réponse : « A sa naissance et même déjà in- utero, l'enfant, la personne, reçoit un certain nombre de messages : on lui transmet un nom de famille et un prénom, une attente quant aux rôles qu'il aura à tenir ou à éviter. Ceci peut être positif et/ou négatif. On projette sur lui par exemple qu'il est « tout le portrait du grand-oncle Jules », et on pense donc qu'il sera explorateur, aventurier « mauvais sujet » comme lui, et/ou on en fera un bouc émissaire, on va lui faire endosser l'habit d'un mort qu'il va remplacer. Comme les fées autour du berceau de la Belle au Bois Dormant, on va dire et donc prédire des choses, des injonctions, des scénarii, un avenir, dire des choses ou les taire dans un non-dit secret et pesant : ce qui va les « programmer ». Ensuite la famille, l'entourage, va engrammer ce programme dans la psyché de l'enfant ; donc la vie et la mort, le mariage et le célibat, la profession ou la vocation, l'avenir seront ainsi fonction de l'ensemble du contexte familial dit et non dit. » – in «  Aïe mes aïeux ! » –13ème édition, revue et augmentée, Ed. Desclée de Brouwer/ La Méridienne 1998.

 

*

 

Nous rencontrons tous et toutes des personnes que nous trouvons charmantes, dont nous nous disons qu’elles ont un beau corps et qui, pourtant, ne se trouvent vraiment pas « terribles », voire qui se vivent comme laides. J’en reçois un certain nombre. Cette attitude est nommée « dysmorphophobie » par les psychiatres, quand la personne vie une préoccupation à la limite du morbide touchant à son apparence corporelle ; une pathologie relativement rare. On rencontre plus généralement la « dysmorphesthesis » ou trouble de l'apparence, lorsqu’on perçoit chez un individu une crainte, une obsession ou une croyance en un défaut d'esthétique corporelle. Cette mauvaise image de soi que développe la personne risque, à terme, de devenir une idée fixe et de la faire sombrer dans une angoisse chronique par une représentation, une croyance fausse et douloureuse de l’état de son propre corps. Comment cette personne pourrait-elle avoir alors des rapports clairs et sains avec son corps, puis avec son propre corps et celui des autres ?

 

Bien souvent, envers cette même personne, l’entourage se veut rassurant et lui répète à l’envie qu’elle est belle. Une maladresse de communication qui nie sa douleur et tente d’évacuer le problème un peu trop facilement. Car notre rapport au corps – le notre et celui des autres – demande d’abord de se poser les vraies et bonnes questions sur nos liens avec nous-mêmes et avec les autres. Dans ce cas-là, les produits cosmétiques n’apportent qu’une solution partielle et bien souvent temporaire ; de même avec la chirurgie esthétique, quand elle n’accentue pas le problème et ne perturbe pas de façon durable les rapports de la personne avec les autres, et ainsi l'isole de plus en plus dans son idéal absolu de beauté et de perfection. Car, à nouveau, n’oublions jamais que le corps est le simple reflet de ce que nous sommes vraiment. Plutôt que de se précipiter sur ce corps, ne serait-il pas alors plus judicieux d’essayer de s'interroger sur soi-même, sur ses choix, sur sa place dans ce monde ?

 

Souvenons-nous que chez les Grecs anciens, avoir un beau corps, un corps sain, relevait avant tout d'une profonde sérénité en parfaite correspondance avec l'harmonie de l'univers. C'est pourquoi le culte du corps fut rapidement lié à une activité religieuse. C'est par lui que les hommes ressemblaient aux Dieux et par Eux qu'ils pouvaient le protéger. Ainsi, un beau corps résultait-il avant toute chose, d'un équilibre interne de la passion et de la raison : « Il y a dans la philosophie gréco-romaine de la vie une affirmation d'indépendance du moi par rapport au monde, par rapport à tous les problèmes qu'elle pose. Paradoxalement, la maladie, la santé servent d'images pour expliquer les anomalies du comportement humain » - in « La place du corps dans la culture occidentale », Ed. Puf 1999, Florence Braunstein et Jean-François Pépin.

 

Vérité

« Ce n’est pas la beauté de la femme qui ensorcelle, c’est sa noblesse »

Euripide

 

Il n'est pas étonnant que certains, femmes et hommes, confrontés aux modèles chimériques de beauté renvoyés par les médias, la publicité, le cinéma… se trouvent toujours plus laids. Quel merveilleux cadeau le progrès a fait aux publicitaires de tous temps en leur donnant « l’image » : ils s’en servent bien souvent pour nous « vendre » une distorsion de la réalité sur papier glacé qui nous renvoient constamment à nos supposées imperfections, à nos prétendus manques, à nos présumés désirs… que cela concerne le produit pour la vaisselle, les pâtes précuites qui gonflent en rajoutant de l’eau chaude, ou la crème qui nous permettra d’avoir enfin le teint éclatant de Machine ou Machin… La force du marketing « moderne », c’est de nous suggérer que nous sommes un produit dont le design doit sans cesse être amélioré.

 

Or, le plus étonnant – et le plus rassurant ! - c’est que, diktat de la beauté ou pas, quand nous choisissons un ou une partenaire, nous sommes une écrasante majorité à préférer des qualités comme la chaleur humaine, la sensibilité, la générosité, voire la compétence sociale, plutôt qu’une personne à la beauté parfaite, soupçonnée de n'aimer qu'elle-même. Comme si, inconsciemment, nous n’avions pas oublié le mythe d’Adonis, un homme tellement épris de sa propre image, qu’il en devint incapable de répondre au désir d’Aphrodite, et qui finit par devenir impuissant, dans son corps comme dans son esprit. Et dans un autre registre, quel homme, certes fasciné par la beauté froide et hautaine d’une gravure de mode, désirerait vraiment la rejoindre dans son glacier ? Comme le résumait joliment une amie : « les mecs, c’est tous les mêmes : ils regardent les jeunettes maigres et pâlichonnes, et ils dorment avec les rondes plantureuses !

 

Je met souvent en garde mes visiteurs dans leur recherche, parfois éperdue, de beauté. Poussée à l’extrême, cette fuite en avant mène parfois à l'horreur ; la plus émouvante description de ce processus se trouve, à mon sens, dans le roman d’Oscar Wilde : « Le Portrait de Dorian Gray », où le personnage principal rêve de la jeunesse éternelle et vend son âme pour y parvenir, jusqu’à s'abuser lui-même. Notre monde glorifie le corps bien plus que l'âme, l’avoir que l’être. Mais que vivons-nous de notre réalité lorsque nous n'en percevons que la belle apparence ? Beauté ou authenticité ? N’oublions pas que ces deux qualités se trouvent fréquemment en conflit. Il est dans la nature de la beauté de ne s'intéresser qu'à elle-même. L’authenticité ne s'attache pas qu’à elle-même, son but est aussi de créer à l’extérieur un lien sincère et une communication claire avec les autres. La beauté repose sur la forme. L’authenticité exprime le fond, uniquement. Quand l’une s’adresse aux sens, l’autre parle à l'âme. Une nuance à bien comprendre et qui devrait nous inciter à aspirer à la beauté intérieure. Sans l'éclat et le plaisir du corps, nous ne pourrions vivre totalement en ce monde. Mais sans vie intérieure, nous ne sommes que mannequins désarticulés.

 

Don Juan enseignait à Carlos Castanéda : « L’art du guerrier consiste à équilibrer la terreur d’être un homme avec la merveille d’être un homme » - in « La roue du temps », Ed. du Rocher -. Une notion qu’on retrouve aussi dans la philosophie du Tao et au travers de toutes les Sagesses du monde : la vérité se trouve dans l’équilibre. Mais avant de l’atteindre, nous devons nous réconcilier avec notre corps. Lieu commun : notre société judéo-chrétienne à longtemps tenu le corps en retrait. Dès le plus jeune âge, l’enfant qui joue avec lui-même s’entend dire que « c’est sale ». Puis l’éducation, le contexte social et familial le « formatent » dans son rapport à son corps. Et quand vient l’âge adulte, la personne se trouve confrontée aux injonction sociales de la « beauté », de la « forme », sans avoir jamais passé l’étape de la découverte calme et sereine de son propre corps, de ses qualités, de ses capacités, de son fonctionnement personnel… Nous nous retrouvons un jour à devoir vivre notre corporalité, unique pour chacun, alors qu’on nous impose des images d’autres corps en nous disant que c’est ainsi que doit être un corps et que nous devons leur ressembler. Résultat ? Fatras dans la tête.

 

Voilà peut être pourquoi, évolution aidant, notre époque porte beaucoup d’entre nous à enfin s’occuper de son corps, dedans et dehors. Comme si, confrontés à la violence de l’époque, nous cherchions en nous-mêmes une paix introuvable ailleurs, dans ce corps que nous confions à la médecine, que nous nous efforçons d’assouplir, de muscler, d’affiner… que nous amenons vers des « spécialistes » pour recevoir des soins, des massages, du maquillage... Mais de quel corps parlons-nous ? Le corps-machine, rempli d’organes et de fonctions, fait de chair et de sang ? A moins que ce ne soit le corps-fantasme, rêvé, le corps-image que nous nous sommes forgé inconsciemment ? Ou peut-être est-ce le corps qu’il convient d’avoir au regard de la pression sociale, des normes du temps, de la « mode » ? Résultat ? A nouveau, fatras dans la tête.

 

 Pas étonnant alors que tant de personnes vivent cette pluralité comme un combat, une guerre à mener contre… Contre qui ou quoi exactement ? Justement, parce qu’elles ne le savent pas vraiment, elles retournent le conflit contre elles-mêmes, et l’assument plus mal que bien. De ce point de vue, les maladies psychosomatiques, sans cause médicale réelle, ne seraient-elles pas bien souvent l’expression que le corps-fantasme prend le pas sur le corps-machine ? Je le crois. Une réponse possible ? « Nous avons besoin de religiosité, de spiritualité, explique Noëlle Châtelet – in « Psychologies magazine », mai 1998 -. Or, les valeurs se sont déplacées du ciel à la terre : le corps est désormais l’objet de culte par excellence. Il est devenu le messager privilégié des interrogations autrefois réservées à l’âme : « Qui suis-je ? », « Que puis-je être ? »… Pour écrire « Corps sur mesure » - Ed. Belfond, 1993 -, mon livre sur la chirurgie esthétique, j’ai enquêté dans les services spécialisés. J’ai rencontré des femmes et des hommes, apparemment venus là pour résoudre des problèmes liés au corps, qui, en réalité, cherchaient des réponses à des questions extrêmement profondes sur leur être, leur identité, la vieillesse et la mort, mais aussi sur l’amour : je veux aimer, être aimé, apparaître aimable… Comme si le corps était le seul matériau, l’unique véhicule à notre disposition pour donner la parole à quelque chose en nous qu’on ne peut exprimer : et notamment, le besoin d’un regard aimant ».

 

Beauté intérieure

« Aucune grâce extérieure n’est complète si la beauté intérieure ne la vivifie.

La beauté de l’âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps. »

Victor Hugo

in « Post-scriptum de ma vie » Ed. Librairie Ollendorf 1937

 

 

*



à suivre (…)

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :