1er chapitre "Le Guide de l'Aromathérapie"


1er chapitre

 « Le guide de l’Aromathérapie »

Les huiles essentielles : une pratique au quotidien

Guillaume Gérault

Aromatologue – Praticien de Santé Naturopathe

et Ronald Mary

 

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http://www.alapage.com/-/Recherche/?id=300771233222108&donnee_appel=ALAPAGE&choix=fulltext&ap=1&pos=2&cat=&type=1&fulltext=guillaume+g%E9rault&x=37&y=13

 

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Retrouvez

Guillaume Gérault

sur Internet :

http://naturessence.over-blog.fr/

http://www.jaumessence.com/default/

 

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Sommaire

 

Introduction

PREMIÈRE PARTIE

 

Chapitre 1 Historique

Chapitre 2 Quelques principaux acteurs de l’ère « moderne »

Chapitre 3 La connaissance et l’utilisation des Huiles Essentielles

Chapitre 4 Les 50 principales huiles essentielles

histoire, symbolique, vertus et bénéfices…

…et 27 autres huiles essentielles :

Chapitre 5 Supports, huiles végétales et corps gras

Corps gras

Supports

Huiles végétales

Macérats

Chapitre 6 Hydrolats, eaux florales, hydrosols aromatiques

Définitions

Comment les utiliser

Les hydrolats, eaux florales, hydrosols aromatiques

Chapitre 7 Les trousses

Les trousses familiales

Les trousses de voyages

 

 

Quelques miels aromatiques d’urgence (toux, digestion, coup de froid…)

La trousse d’eaux florales et d’hydrolats

 

DEUXIÈME PARTIE

 

Chapitre 8 Le massage bien-être aux huiles essentielles

Les compositions pour masser et s’auto-masser 

Chapitre 9 Le bain aux huiles essentielles

L’art du bain

Chapitre 10 L’ambiance en diffusant des huiles essentielles

Les vertus de l’olfaction

Les compositions à plusieurs huiles essentielles

Chapitre 11 Cuisine et gastronomie aux huiles essentielles

Les entrées

Les plats

Les desserts

Les sauces crudités salades

 

 

Les jus

Les Miellats

Chapitre 12 Créez votre propre parfum aux huiles essentielles

Les propriétés de l'olfaction

Des mélanges pour les « différents » cerveaux, à utiliser en olfaction

Le Naturopathe et les 3 éléments majeurs : constitution,  tempérament, diathèse.

Jouons : êtes-vous Bilieux, Nerveux, Sanguin, Lymphatique… ?

Les huiles essentielles en fonction des familles de constitutions et de tempéraments.

Chapitre 13 Créez votre gamme personnelle et familiale de cosmétiques naturelles

Adresses 

Bibliographie

 

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Introduction

 

« Les médecins pourroient (ce crois-je)

tirer des odeurs plus d'usage qu'ils ne font :

car j'ay souvent aperceu qu'elles me changent

et agissent en mes esprits, selon qu’elles sont »

Michel de Montaigne

in « L’esprit de Montaigne »

Ed. Bureau de la bibliothèque Choisie, 1829

 

L'aromathérapie, médecine  « complémentaire » avec la médecine classique et la Tradition des soins naturels, n'est pas une « médecine douce », et encore moins « parallèle ».  Peut-être est-ce au préfixe « aroma » que l’utilisation des huiles essentielle doit cette aimable et limitante réputation de diffuser d'agréables odeurs juste pour le plaisir... Or, il est bien question ici d’une méthode de soin, parfois sollicitée par le médecin, pour obtenir un résultat par les essences aromatiques des plantes. C’est même, nous confirment les recherches publiées, un véritable médicament qui renferme jusqu'à plusieurs centaines de variétés de molécules ; lesquelles développent, seules ou en synergie avec les autres, des vertus nombreuses et indéniables : antiseptique, bactéricide, immunostimulante, décongestionnante…

 

…Pour autant, ce livre n’est pas un ouvrage médical, seulement un guide pour appréhender la richesse de ce monde des arômes ; les conseils et suggestions que vous y trouverez sont là pour vous aider à cueillir et entrer dans l’usage des huiles essentielles, avec une approche basée sur le plaisir. Plaisir de se prendre en charge facilement et de mettre en place votre propre climat de bien-être, d’organiser votre propre programme de prévention et de vous faire du bien avec efficacité, et aussi de faire entrer du « sens » dans votre rapport à vous-mêmes. Car, les huiles essentielles nous permettent aussi de nous relier à la Tradition qui savait se tourner efficacement vers l’âme des plantes, un peu comme un chemin initiatique de connaissance de soi, tant il est vrai que, comme le disait le poète : « Toute maladie est une confession du corps ».

 

La principale qualité de l’aromathérapie, telle que nous l’avons développée, réside dans la prévention par le renforcement et la stimulation des systèmes de défenses naturelles présents dans chaque organisme. Vous constaterez que, bien souvent, les huiles essentielles sont déjà très efficaces par la simple olfaction ; elles s’adressent alors plus spécifiquement au mental et aux émotions, comme de nouveaux repères qui, par le plaisir des fragrances, viennent enrichir d’un supplément d’âme l’existence quotidienne…

 

Pour nous, les huiles essentielles ne sont pas dangereuses, elles sont actives : la nuance est d’importance. Elles demandent donc une simple utilisation raisonnable et raisonnée. Nous le répèterons très régulièrement au cours de notre propos. C’est la seule réserve que nous aurons ici car, par ailleurs, avec l’ensemble d’informations dont vous disposerez, vous ne pourrez pas vous tromper si vous suivez nos indications, notamment dans les dosages, et surtout si vous faites confiance à votre intuition et à votre goût pour vous tourner vers tel ou tel arôme.

 

Toutes les huiles essentielles parlent de l’aventure des hommes au sein de la nature ; car leur distillation est une démarche importante, comme une alchimie rare et précieuse qui demande aux producteurs d’aimer les plantes, de comprendre leurs terroirs respectifs, de connaître ce que furent leurs conditions d’évolution au cours des saisons... Car, parfois, comme pour un rituel sacré, il faut savoir offrir du temps au temps pour laisser venir une maturité, attendre une pleine lune, patienter jusqu’au solstice. Alors, seulement quand elle est respectée, la plante donne par ses essences ce qu’elle a de meilleur. C’est la raison pour laquelle nous insistons dans cet ouvrage sur la provenance des huiles que vous utiliserez.

 

Nombre de recherches scientifiques et la pratique quotidienne d’un très grand nombre de praticiens, montrent qu’à l’évidence les huiles essentielles développent un lien particulier avec nous. Condensées de « chaleur », elles offrent de « réchauffer » notre corps et notre esprit. Autant physiquement (en soutenant le travail des organes et des fonctions) que psychiquement (en intervenant sur l’humeur et les états d’être). Elles viennent s’adresser, avec toute leur force et leur finesse, à ce qu’il y a de plus subtil chez l’homme, en amenant à l’organisme la force et la chaleur qui lui fait parfois défaut ; comme une force vitale végétale qui vient s’harmoniser et soutenir la force vitale de l’organisme humain, menant celui-ci vers le rétablissement, l’équilibre et le bien-être.

 

Et enfin, la France est, sa tradition dans l’usage des arômes en témoigne, le pays des huiles essentielles, et actuellement la patrie de l’aromathérapie. Nos producteurs et distillateurs nous sont enviés par le monde entier ; on parle même, depuis une vingtaine d’années, d’aromathérapie « selon l’Ecole Française », pour bien dire de par le monde la singularité et la qualité de notre approche des huiles essentielles. C’est dire si nous disposons de tous les atouts pour laisser entrer dans nos vies ces parts de nature dans ce qu’elle a de plus dynamique et de plus délicat à la fois. Car, peut-être l’art de l’aromathérapie est-il la réponse naturelle au stress, à l’alimentation dénaturée et aux divers déséquilibres que la vie « moderne » génère ? Peut-être… Le meilleur moyen de savoir, c’est encore d’essayer…

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Chapitre 1 Historique

 

 « Ce n’est pas toujours nous qui faisons l’histoire.

C’est bien souvent l’histoire qui nous fait »

Martin Luther king

In « La force d’aimer »,

Ed. Casterman, 1996

 

Personne ne peut dire avec exactitude depuis quand l’Homme utilise les plantes aromatiques, autant pour se soigner que pour pratiquer des rituels ou pour les incorporer à l’alimentation. Quoi qu’il en soit, venues de la nuit des temps, les connaissances furent transmises de générations en générations.

 

On trouve les premières traces d’extraction d’huiles essentielles sur des restes archéologiques du néolithique, aux alentours de 4 à 5000 avant JC, à la fois en Orient, plus particulièrement en Chine, alors qu’en Australie les Aborigènes utilisaient déjà la technique de la fumigation (selon des traces datées de – 40.000 ans), et dans certaines régions d’Europe. Ainsi, le plus ancien alambic en terre cuite connu, date d’environ 5000 av JC et fut découvert au Pakistan. Par les livres écrits en sanskrit, nous savons aussi que l’Inde a développé vers cette même époque un art de soigner, l’Ayurveda, qui repose en grande partie sur les végétaux aromatiques, en lien étroit avec prières et mantras. Ainsi, il semble bien que les peuples de l’Inde ancienne connaissaient la fermentation, en tiraient des produits par distillation. Un peu plus tard, en Mésopotamie (l’Irak actuel, en grande partie entre le Tigre et l’Euphrate), une inscription d’environ 2000 ans indique que des essences sont utilisées à la fois lors de certaines pratiques religieuses et aussi pour combattre des épidémies.

 

L’Asie Mineure n’était pas en reste : la Perse, la Syrie, la Crète, Chypre… et aussi, bien évidemment, l’Egypte d’alors qui utilisaient aussi huiles et onguents aromatiques lors de différents rituels comme l’embaumement ou plus simplement pour le plaisir de prendre un bon bain. En fait, les Egyptiens et les Perses étaient déjà passés maîtres et experts dans l’art de la distillation. Ils isolaient déjà les parfums, et connaissaient l’essence de térébenthine, issue de la résine du « Pistacia terebenthus » : sans doute la première huile essentielle extraite par distillation sèche.

 

A partir de cette époque, nous disposons de documents, hiéroglyphes, textes sculptés dans la pierre ou écrit, comme ce papyrus découvert en 1948 à Louksor, daté de 1550 av JC, et qui démontre une réelle connaissance et une pratique courante de l’herboristerie sur une liste de près de 250 plantes ; ce qui attestent que l’homme d’alors connaissaient bien les huiles essentielles et les utilisait abondamment. Par sa forte influence sur les peuples de son époque, l’Egypte exporta son savoir, et toutes les Connaissances acquises au cours du temps par chaque peuple se rencontrèrent à un moment ; tant et si bien que, même si on rencontre certaines spécificités médicales locales ou des différences de rituels religieux, l’extraction et l’utilisation des plantes aromatiques et de leurs huiles essentielles se fait généralement de la même manière un peu partout dans le monde : fumigations, usage externe sur la peau, usage interne. Même la Bible rapporte ce propos divin à Moïse, dans le livre de l’Exode 30:22–23 : « L'Éternel parla à Moïse, et dit: Prends des meilleurs aromates, cinq cents sicles de myrrhe, de celle qui coule d'elle-même; la moitié, soit deux cent cinquante sicles, de cinnamome aromatique, deux cent cinquante sicles de roseau aromatique ». Il s’agit de l’huile qui a pour but de bénir et purifier ceux qui ont fait le bien, au regard de Dieu, et qui doit aussi être appliquée pour oindre la table d’assignation et tous les ustensiles du rituel religieux, là aussi dans une perspective de sanctification.

 

Plus proche de nous, au 1er siècle av.JC, Babylone, Ninive, Carthage et, bien évidemment, Rome étaient relativement avancés dans l’art des parfums ; soigner, associé à prier, s’apparentait alors à exercer une forme de magie donnée aux humains par les dieux. Théophraste de Grèce décrit parfums et résines dans son « Traité des odeurs », au VIième siècle av JC. Les Grecs firent grand cas des huiles à parfum qu’ils utilisaient pour purifier et guérir. Ainsi, lors de l’épidémie de peste à Athènes, Hippocrate (377 av. J.-C.) prescrit des grands feux de genévrier, de cèdre, de bois odoriférants et de plantes aromatiques. Au 1er siècle de notre ère, un autre médecin grec, Pédanius Dioscoride, écrit le livre « De matéria médica » - Au sujet de la Matière Médicale-, et évoque « les usages médicaux des eaux distillées » ; cette œuvre sera une référence pour toute la médecine occidentale jusqu’au XVIième siècle en matière de plantes médicinales. Par ailleurs, Dioscoride évoque aussi avec précision une technique d’extraction de l’huile de cèdre par évaporation dans un récipient où chauffent des résines : l’huile coule sur un linge tendu au-dessus de la marmite, qui permet de récupérer les corps volatiles de la résine, après torsion du linge ; il conçoit aussi une nouvelle approche des plantes : la Pharmacognosie, du grec pharmakon (drogue, venin, poison) et gnosis (connaissance), science qui traite de la connaissance des matières premières et des substances à potentialité médicamenteuse d’origine biologique, végétales, animales ou fermentation de micro-organismes.

 

Puis, à Rome, Pline l’ancien s’intéresse aux vertus des odeurs à partir de texte des parfumeurs égyptiens, Galien écrit plusieurs traités qui le font considérer comme le père de la pharmacie. Les Romains, usaient des plantes autant sous forme de graisse aromatique que d’huiles parfumées. Ils connaissaient déjà très bien les propriétés antibactériennes et antiseptiques des plantes aromatiques qu’ils cultivaient ; c’est du moins ce que nous disent certains textes, rapportant que Esculape, Dieu romain de la médecine et de la chirurgie, aurait conseillé, pour désinfecter un lieu ou lors d’épidémie, de pratiquer des fumigations de plantes à essences comme le romarin, le laurier, la sauge, la cannelle, la girofle… Et trois siècle après Hippocrate, Asclépiade, ami intime de Cicéron, était déjà sans doute le plus proche du concept de l’aromathérapie des « spa » anglo-saxons actuels, pratiquant le « massage aromatique » auquel il associait la musique, les bains et les vins.

La Gaule s’intéressait aussi aux vertus des plantes, notamment avec le célèbre Gui dont les propriétés hypotensives étaient connues des Druides, ainsi que l’Armoise qui régularise les flux menstruels, le Lierre utilisé contre la toux, le Thym aux propriétés antiseptiques… « Mais vers le Vième siècle, écrit Michel Sommerard, les persécutions catholiques feront émigrer vers la Perse les moines Nestoriens, détenteurs de la science de l’époque et laisseront un grand vide dans le savoir en médecine au point que trois siècles plus tard, dans un capitulaire de Charlemagne, on en est à cultiver seulement 88 plantes médicinales dans les monastères. » (1) Un temps que le monde Musulman met à profit pour créer une synthèse des médecines de l’époque : occidentale, grecque, indienne, arabe… Lors de l’installation des conquérants Arabes, dans le sud de l’Europe, c’est aussi le retour de la science des aromates en terre d’Occident, avec par exemple Avicenne (980-1037) qui livre Les canons de la Médecine dans lequel se retrouvent les pensées de Platon, d’Aristote et de l’Islam. Ainsi, de nombreux auteurs et historiens n’hésitent pas à dire que la Connaissance Arabe permit une amélioration considérable de la chimie et de la distillation, à tel point qu’on peut alors les considérer comme les premiers fondateurs de l’aromathérapie. Les Musulmans perfectionnent les techniques de distillation, et les meilleures études de l’époque sur les plantes aromatiques sont réalisées par des médecins alchimistes qui par une libre recherche approfondissent les connaissances de leur temps.

Très vite, l’art de l’aromathérapie se précise, la technique d’extraction s’améliore : « Certains écrits attribuent à Avicenne l’invention du serpentin pour le refroidissement des vapeurs d’alambic, précise Michel Sommerard, toutefois nous ne trouvons la trace du serpentin qu’au XIIIième siècle dans les écrits de Thaddée le Florentin (vers 1300). Michel Savonarole (1384-1462) le décrit de façon très précise en le nommant Vitis (noueux et torse comme un cep) ; ce n’est qu’au XVIième siècle que le serpentin vient remplacer les linges mouillés placés sur le chapiteau des alambics. »

Les siècles suivants voient la médecine gagner son rang de science universitaire, et les échanges deviennent denses et abondant. En parallèle, dès le XIIième siècle, les apothicaires trouvent un statut particulier, grâce notamment à Etienne Boileau, prévôt de Paris sous Saint Louis (1252) ; dorénavant, ils se distinguent et se séparent des épiciers, vendeurs d’herbes et d’aromates.

 

La découverte de l’Amérique (1492), les voyages de Vasco de Gamma vers les Indes sont autant d’occasion de ramener de nouvelles variétés de plantes. Des personnages comme Théophraste Bombast von Hohnenheim, dit Paracelse (1493-1541) font avancer les Connaissances. Puis c’est Henri IV qui favorise la mise en place de jardins botaniques. Et même si le savoir occidental d’alors associe encore empiriquement parfums et médications, nombreux sont ceux qui commencent à comprendre que certaines odeurs végétales et animales sont de puissants remèdes. « C’est pendant la Renaissance, en 1546, reprend Michel Sommerard, que la peste ravagea Aix en Provence puis déferla sur tout le midi, gagnant Paris en 1568. Les seuls remèdes et désinfectants étaient toujours des arômes : l’on connaîtra le fameux vinaigre des quatre voleurs : des plantes de garrigues macérées dans un vin : romarin, thym, sarriette, lavande… ».

 

Au XVIIième siècle, les huiles essentielles connaissent leurs premières applications en tant que telles. En Provence en particulier, apothicaires et herboristes, prescrivent peu à peu les huiles essentielles de lavande, de thym, de romarin… mais il faudra quand même attendre Napoléon pour voir la création des premières facultés de pharmacie : Paris, Strasbourg puis Nancy, et Montpellier. Ainsi, de recherches en Connaissances séculaires, de validation en compréhensions, la fin du XIXième siècle, notamment avec l’avènement de la chimie organique, voit les essences livrent peu à peu leurs secrets ; elles sont le mélange de nombreux composants : terpènes, alcools, esters, aldéhydes, cétones, phénols... Puis d’études en études, de recherches en recherches, le savoir en phytothérapie s’organise et permet à René-Maurice Gattefossé de soigner une violente brûlure en plongeant son bras dans un récipient plein d’huile essentielle de Lavande… Mais nous y reviendrons…

 

(1) Le chemin des arômes, Michel Sommerard – Ed. Médicis, 2006

 

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Poursuivant l’œuvre des très Anciens,

et dans le sillage des herboristes, apothicaires, aromaterii ou modernes pharmaciens,

de nombreux personnages ont forgé

la Connaissance et la renommée de l’aromathérapie.

La France peut s’enorgueillir d’avoir toujours été terre de fragrances ;

et ils sont nombreux, anonymes ou reconnus, qui ont porté haut et fort

l’art ancien des huiles essentielles.

Nous vous en présentons ici quelques uns

qui nous ont semblés habiter à jamais la catégorie des « incontournables ».

 

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René-Maurice GATTEFOSSE, le précurseur moderne

 

René-Maurice Gattefossé (1881-1950) est considéré comme le « père » de l’Aromathérapie. Cet ingénieur chimiste s’occupa très tôt de la recherche en essences et en parfum dans l’entreprise familiale de parfums et cosmétiques à Lyon, fondée en 1882 par son père ; or, l’histoire raconte qu’en juillet 1910, il advint qu’à la suite d’une explosion dans son laboratoire, il se brûla les mains et le cuir chevelu. Instinctivement, il plongea les mains dans ce qu’il avait à sa portée : une solution d’huiles essentielles de Lavande (Lavandula angustifolia). Les jours suivants, le jeune René-Maurice constata qu’il guérissait très rapidement et ce, avec très peu de séquelles ; ainsi naquit son intérêt pour les huiles essentielles, qui se développera tout au long de sa vie.

C’est en 1928 que René-Maurice Gattefossé « créa » le terme Aromathérapie.

Puis, nous le retrouvons en 1936, travaillant avec des médecins et des hôpitaux. En 1937 paraît son livre majeur : « Aromathérapie - Les Huiles essentielles - hormones végétales » éd. Librairie des sciences Girardot 1937. Toutefois, il reste quand même l’auteur d’une trentaine d’ouvrages scientifiques sur les parfums et, surtout, les pouvoirs thérapeutiques des essences de plantes, dont :

. Formulaire de parfumerie et de cosmétique, La Parfumerie moderne, Lyon, 1912

. Culture et industrie des plantes aromatiques, Lyon, 1917

. Propriétés bactéricides de quelques huiles essentielles, La Parfumerie moderne, 1919,

. Valeur thérapeutique de l'essence de lavande, La Parfumerie moderne, 1926,

. Cicatrisation rapide des plaies par les huiles essentielles, La Parfumerie Moderne, 1927,

. Rôle antiseptique de la lavande, La Parfumerie Moderne, 1932,

. L'essence de Pin et ses propriétés bactéricides, La Parfumerie Moderne, 1932,

. Les désinfectants à base d'huile de pin, Bull. de l'Institut du pin, 1935,

. Antiseptiques essentiels, éd. Girardot, 1938 (…)

 

René-Maurice Gattefossé s’éteint en 1950, à Casablanca. Ses travaux furent par la suite repris et modernisés par différents chercheurs du monde de la phytothérapie et, bien sûr, plus particulièrement de l’aromathérapie et des huiles essentielles.

 

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D’autres « pionniers » vinrent ensuite :

. Max Fesneau s’intéresse à l’utilisation des huiles essentielles dès 1925 (« Les huile essentielles de A à Z » Ed.S2R Diff., réédité en 1996), continue de développer l’aromathérapie en France, en Italie, en Suisse…, met au point différentes spécialités aromatiques, et cours les différents congrès médicaux de l’époque avec :

. le biologiste René Espeut, plus connu sous le pseudonyme scientifique de « René Jacquelain » met au point dés 1930, dans son laboratoire personnel (Institut de Recherche et d’Applications Dermocosmétique), des produits de soins esthétiques à base d’actifs naturels végétaux, faisant ainsi figure de précurseur dans le monde - tout nouveau à l’époque - de la Phytothérapie et de l’Aromathérapie moderne. Puis vint :

. Louis Sevelinge, Docteur en pharmacie, qui dès 1945/50 développe une gamme de produits à base d’huiles essentielles et d’extraits végétaux, et qui en 1966 fonde les laboratoires Dietaroma…

 

… plus tous les autres, anonymes géniaux ou persévérants exaspérants – pour le monde médical en place ! – qui travaillèrent dans leur coin et permirent que d’autres, plus reconnus par leurs pairs, puissent continuer l’œuvre…

 

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Jean VALNET

 

Jean Valnet (1920-1995), est aujourd’hui considéré comme le « père en second » de l’Aromathérapie moderne, tant son travail sur la phyto-aromathérapie fut en lien avec celui de R.M. Gattefossé.

 

Après de brillantes études à l’Ecole du Service de Santé militaire, au Prytanée militaire de la Flèche, complétées à la Faculté de Médecine de Lyon, il est dès 1943/44 jeune diplômé dans différentes sections : médecine légale, psychiatrie, microbiologie, hygiène, médecine coloniale, médecine du travail… Ce qui ne l’empêchera pas de participer activement, dans l’ombre, au combat des Résistants de la sombre période 1940/45 en France.

Pour autant, de 1944 à 1945 il est assistant du Chef des Services chirurgicaux de l'Hôpital d'Evacuation 412. C’est là qu’il obtient son titre de docteur en médecine ; il est alors nommé médecin Lieutenant et assistant chirurgien aux Hôpitaux d'Evacuation 412 et 501 en Allemagne. Et pour parfaire le parcours, il devient par la suite médecin de l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr et de l'Ecole d'Application de l'Infanterie.

 

Vient ensuite le temps où le Docteur Jean Valnet est nommé médecin Capitaine (1948), puis chirurgien de l'antenne chirurgicale avancée au Tonkin (1950/53). C’est là qu’il commence à panser les blessés avec des solutions aromatiques « en obtenant des résultats généralement bien supérieurs à la moyenne » écrira-t-il dans sa biographie. Et la carrière militaire continue : médecin-chef du Secrétariat d'Etat à la Guerre, de l'Etat-major de l'Armée et du Cabinet du Ministre des Armées (1953/59), médecin Commandant et puis médecin Lieutenant-colonel (1958)… Vient enfin le temps de la retraite militaire (1959) et du retour à la vie civile comme médecin de quartier à Paris, mais aussi enseignant en phytothérapie et aromathérapie, et surtout chercheur infatigable  jusqu’à son décès, en 1995.

 

Officier de la Légion d’Honneur à titre militaire, décoré des Croix de Guerre 1939/45, titulaire de six citations au TOE (théâtre d'opérations extérieures), des Croix du Combattant, du Combattant Volontaire, du Combattant Volontaire de la Résistance, de la Médaille des Français Libres… mais aussi Médaille de bronze en 1954 « pour ses travaux scientifiques » en liens avec la phyto-aromathérapie, on ne compte pas moins de quinze citations et décorations où Jean Valnet fut élevé au rang de Médaille d’Or, Officier, Grand Officier, Commandeur, Président Honoraire…

 

Nous retiendrons surtout ici l’apport incontestable et incontesté de Jean Valnet à l’enseignement, la diffusion, et bien sûr l’approfondissement qu’il apporta à la connaissance des huiles essentielles et l’influence déterminante qu’il eut sur la pratique, la clinique de l’Aromathérapie. Pourtant, c’est bien par ses publications dans de nombreuses revues médicales, par ses livres tournés plus particulièrement vers le grand public, ou même par ses interventions dans les congrès et colloques scientifiques… que la postérité retiendra de Jean Valnet qu’il fut vraiment à la base de la validation de l’usage médical et scientifique des huiles essentielles. Comme pour ses décorations et reconnaissances diverses, il multiplia les interventions ; dès 1960, il est tour à tour : Président de différents congrès scientifiques, accompagnés d’assesseurs professeurs de Faculté et membres de l'Académie de Médecine ; invité à donner de nombreuses conférences en France et à l'étranger (Angleterre, Belgique, Canada, Espagne, Etats-Unis, Gabon, Iran, Liban,...) ; membre correspondant, en 1961, du « Centre International de Recherche Biologique » à Genève…

 

Puis vient le temps, sinon de la célébrité, tout au moins de la « reconnaissance » du grand public : de nombreuses revues scientifiques et la grande presse française ou étrangère consacrent régulièrement des articles, rubriques et comptes-rendus à ses activités, et parlent de plus en plus souvent des huiles essentielles et de leurs vertus curatives. Ainsi, Jean Valnet sera un des premiers à diffuser une réelle avancée médicale : courant 1971, un médecin de Dijon, le Docteur Maurice Girault propose une nouvelle manière d’envisager l’antibiogramme, non plus effectué avec des antibiotiques classiques mais avec des huiles essentielles ; un procédé qu’il appelle « aromatogramme ». Le docteur Jean Valnet s’intéresse encore et toujours à l’étude des propriétés anti-infectieuses, antibiotiques des huiles essentielles et à leurs modes d'action à la lumière de la bioélectronique de Louis Claude Vincent. En 1981, il fonde le « Collège de phyto-aromathérapie et de médecine de terrain de langue française » qui se donne pour mission de regrouper tous les acteurs du monde de la santé et du bien-être qui enseignent, pratiquent et poursuivent les recherches sur la phytothérapie et l’aromathérapie.

 

Quel que soit le domaine d’actions, de recherches, d’interventions… l’Histoire nous a montré que les « pères-fondateurs », les chercheurs et autres génies de la découverte ne seraient que très peu reconnu s’il n’y avait eu des Jean Valnet pour consolider les savoirs, développer les connaissances, appliquer les théories, développer la « clinique » et diffuser les informations. C’est bien là l’image de Jean Valnet que retient l’Histoire de l’Aromathérapie moderne et de tous ceux qui, à la suite de ce grand scientifique et remarquable communicant, continuent sur « le chemin des arômes » (1)… 

 

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Depuis le début des années 1975/80, les recherches, applications cliniques et nouvelles ouvertures pour l’utilisation des huiles essentielles ne cessent de s’élargir.

Dans le cadre de ce livre, il n’est pas possible de citer tous les chercheurs et thérapeutes

à qui nous devons de réelles avancées.

Qu’il nous soit alors permis de seulement évoquer – très subjectivement ! –

quelques personnages majeurs

et d’évoquer succinctement leurs apports personnalisés.

 

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… à suivre (…)

 

 

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